Mobilité Internationale et
Citoyenneté Européenne dans le Tarn

Christophe MARDI

Animateur Coordinateur à la MJC d’Albi présente le projet « Echange de Jeunes Albi-Gérone » organisé à Albi en avril 2009, autour des pratiques culturelles et artistiques.

Françoise Calderon : Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans un projet européen ?
Christophe Mardi : Il s’agissait de créer une dynamique nouvelle pour notre public de 16-18 ans. Nous voulions que cette action ait suffisamment d’envergure pour que cela suscite la curiosité, que cela impulse une nouvelle relation avec notre public cible, pour lequel nous voulions organiser une action commune.

FC : Comment s’est déroulée la préparation du projet ?
CM : Nous avons fait d’emblée le choix d’organiser un séjour en accueillant, le projet devait donc se dérouler à Albi. Nous avons associé les jeunes à la conception et à l’écriture du projet. Cela s’est passé sous forme de réunions et d’ateliers, mais bien sûr, ce n’est pas facile de mobiliser les jeunes du début à la fin du projet, en tout près d’un an de processus.
Nous avons trouvé notre partenaire espagnol, une association de la ville de Gérone, par l’intermédiaire du site salto-youth où nous avons posté notre annonce de recherche de partenaire. Nous avons pu le rencontrer avant l’échange de jeunes car nous avons organisé une visite préalable de préparation à Gérone, où nous sommes rendus avec une délégation du service jeunesse de la mairie d’Albi. Cette visite préalable était incluse dans le projet et prise en charge dans son financement. Pendant cette rencontre, nous avons pu réfléchir ensemble sur les activités communes qui pouvaient faire avancer le projet.

FC : Quels étaient les objectifs de ce projet ?
CM : Il s’agissait avant tout de privilégier la rencontre et les temps forts d’activités, connaître et comparer les deux cultures et la façon d’aborder différentes pratiques artistiques et culturelles: musique, danses, théâtre, arts plastiques, c'est-à-dire les activités fortes et représentatives de la MJC.
Il était particulièrement important pour nous de mélanger à chaque fois les français et les espagnols pour chacune des activités, ateliers artistiques, mais aussi sorties, comme à l’occasion d’une grande randonnée qui a été mise en place dans le cadre du projet, et les temps informels bien sûr.

FC : Quelles sont les difficultés rencontrées au cours de ce projet ?
CM : L’aspect logistique était un peu compliqué à mettre en œuvre, le partenaire espagnol n’avait pas le même fonctionnement que nous, les animateurs étaient bénévoles, ni la même relation avec les jeunes, notamment par rapport à la question du respect des règles de vie.
Nous avons pu cependant compter tout au long du projet sur l’aide d’une jeune SVE (Service Volontaire Européen) d'origine espagnole, accueillie à Albi. Elle nous a aidé durant le projet et a animé un atelier danse pendant le séjour.
La rédaction du dossier a également été un peu « fastidieuse », il faut comprendre le sens des questions et rédiger son projet dans ce sens, ce n’est pas toujours évident d’expliciter un projet au regard des attendus « administratifs » d’un dossier de demande de subvention. Il y a certaines notions, comme la « dimension européenne » qui ne sont pas évidentes à traduire en activités. Cela exige du temps et de la réflexion. Nous avons été accompagnés dans ce processus par Chantal Verrey, de la DRJSCS Midi Pyrénées.

FC : Quelles ont été les grandes réussites du projet ?
CM : Le projet a été un grand moment, pour nous et pour les 24 participants. On a bien travaillé. D’un point de vue concret, ce qui compte ce sont tous les échanges informels, les liens qui se sont créés entre les jeunes, tout ce qui ne peut pas faire l'objet d'une note et ce qui se passe dans la tête des jeunes européens, le « choc ».  Parfois, cela a été difficile, parfois déstabilisant, et on a eu tendance à vouloir baisser les bras, mais on ne pouvait pas se le permettre, pas question de décevoir les jeunes. Tant mieux.
Pendant la durée de l’échange, une semaine seulement, on a fait 10000 choses, c’était très dense, très fort, très enrichissant.

FC : Comment évaluez vous les résultats, l’impact de ce projet sur les jeunes et sur la MJC ?
CM : Le résultat est TRES positif. Nous avons créé des outils d’évaluation pour chacune des activités, mais ce qui reste surtout c’est la vidéo qui a été tournée pendant le projet, nous l’utilisons encore aujourd’hui et elle est toujours en ligne sur notre site (mjcalbi.fr). Cette vidéo nous a permis de fixer les moments forts du projet mais aussi d’obtenir les témoignages des participants et des animateurs, connaître leur point de vue sur la dimension européenne, leurs retours sur le projet et sur l’expérience vécue… un outil qui a été bien utile.
Je suis convaincu que dans le cas de ce type de projets, on voit les retombées bien plus tard. On s’aperçoit vraiment qu’un projet est bon et qu’il a réussi 5 ou 10 ans après … si vous voyez un jeune et qu’il vous reparle de ce projet là, c’est là qu’on peut se dire que ça l’a profondément marqué. Je peux le constater avec certains jeunes avec lesquels je suis encore en contact, leur relation aux voyages, à la différence avec les autres, ce qu’ils ont établi dans leur vie personnelle ou professionnelle, dans leur parcours culturel et artistique…
On voit bien tout l’intérêt de ces projets là qui incitent les jeunes à plus de curiosité et qui leur donne envie de voir l’autre différemment. Sur le vif, on peut faire tout ce qu’on veut comme « outils d’évaluation », mais c’est surtout sur le long terme que c’est positif.

FC : Envisagez-vous une suite à ce projet ?
CM : Pourquoi pas, mais pas dans l’immédiat. Il est nécessaire aussi de pouvoir se concentrer sur l’activité culturelle et quotidienne de la MJC. Mais si un projet se présentait, on pourrait se lancer à nouveau, si cela a de l’intérêt pour les jeunes, si on peut les mobiliser et si nous trouvons l’énergie nécessaire pour motiver le groupe. L’engagement d’un jeune est essentiel pour ce genre de projet, il faut pouvoir compter avec lui.

FC : Au regard de votre expérience, quels conseils donneriez-vous à un porteur de projet ?
CM : IL faut véritablement qu’il s’agisse d’un projet d’équipe, il faut être plusieurs (2 ou 3 personnes) pour se fixer un objectif et ne pas le perdre de vue. Il faut établir un « plan de bataille » et ne pas en déroger, et puis avancer, y croire, tenir bon, même s’il y a des difficultés !

Auteur : Françoise CALDERON – Association Contrôle-Z

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