Mobilité Internationale et
Citoyenneté Européenne dans le Tarn

FRANCESCA GRASSIA

Francesca a 28 ans et vient du sud de l’Italie. Après des études de communication internationale, elle a choisi de faire un Service Volontaire Européen en France et a choisi le projet de la MJC de Graulhet. Quelques jours avant la fin de sa mission, elle témoigne de son expérience.

Françoise Calderon : D’où vient l’idée de faire un SVE en France ?
Francesca Grassia : J’ai choisi la France car j’adore apprendre les langues étrangères. Je connaissais déjà l’anglais et l’espagnol, je me suis dit pourquoi pas aller en France pour apprendre le français et c’est pour ça que j’ai choisi le projet à la MJC de Graulhet. J’avais déjà des expériences dans la mobilité internationale car j’ai fait un stage en Espagne dans le cadre du programme Erasmus. Je travaillais dans le bureau des relations internationales d’une université. Ce qui m’a plu dans le projet de la MJC c'est qu’il se déroulait dans un contexte de promotion de la mobilité européenne, de la formation dans les écoles, de la communication avec les jeunes.

FC : Comment as-tu connu le SVE ?
FG : Je l’ai connu parce que j’ai des expériences dans la mobilité internationale. De plus, je connaissais une association qui s’en occupait dans le nord de l’Italie pendant que je faisais mon Master. Ils étaient très efficaces et très "pro", ils m’ont beaucoup aidé dans ma recherche. Après mon Master, je voulais partir quelque part en Europe. L’expérience en Espagne avait été trop courte, seulement 5 mois, et j’avais toujours envie de me découvrir, de découvrir une autre culture, de vivre une expérience dans une langue étrangère, dans un autre pays. En Italie, il n’y avait pas beaucoup d’opportunité pour les jeunes qui finissent leurs études, alors je me suis dit que la meilleure façon de continuer à apprendre des choses et d’acquérir de nouvelles compétences, c’était de faire un SVE. C'était le contenu du projet, de la structure, de la prise en charge.
J’ai été choisie sur 2 projets, en Espagne et en France ; mais j’ai préféré le projet de Graulhet.

FC : Combien de temps ont pris tes démarches de recherche ?
FG : Seulement un mois et demi. J’ai écrit une dizaine de lettres seulement. J’ai commencé à chercher en février ou mars, et en avril je savais que j'allais partir pour la France début octobre.

FC : Qu’est ce qui t’a plu dans le projet de Graulhet quand tu en as pris connaissance ?
FG : La possibilité de travailler avec des jeunes, des personnes issues de l’immigration, et l’aspect Information Jeunesse : donner des infos pour les jeunes qui souhaitent partir à l’étranger. La structure MJC aussi m’a intéressée, car nous n’avons pas ça en Italie. J’ai découvert ici ce qu’est l’éducation populaire et c’est vraiment excellent !

FC : Comment ça s’est passé en arrivant ici. A quoi tu t’attendais ?
FG : J’avais très peur à cause de la barrière de la langue, je ne parlais pas français et au début c'était très frustrant. Les français ne sont pas très flexibles par rapport à la langue et personne ne parlait anglais !
Mais, je peux le dire maintenant, c’est l’expérience la plus enrichissante de toute ma vie. Je ne sais pas au niveau concret ce qu’elle m’apportera mais je peux dire qu’au niveau de la découverte personnelle, de la confiance en moi… que c’était une étape très importante et fondamentale. Tout était un défi au début : arriver ici, ne connaître personne, ne pas connaître la langue, ni l’endroit, rien du tout…
Et ici j’ai fait des choses que je n’avais jamais faites : j’ai appris à parler français en public, donc maintenant j’ai plus confiance en moi. Le fait d’avoir pu faire ça dans une langue que je ne connaissais pas, alors imaginez dans ma propre langue, je peux aujourd’hui me sentir très forte !

FC : Comment as-tu découvert la mission qui t’était confiée. Comment tu as appris les différentes tâches ?
FG : Au début c’était un peu difficile, pour la langue bien sûr ; mais aussi pour comprendre les mécanismes au sein de l’association. Mais après je pense que dans chaque association il y a des rythmes différents, des moments où on ne travaille plus, des périodes où on travaille moins.
Mais grâce à la tutrice qui nous expliquait tous les jours les différentes tâches, les différentes périodes de travail … peu à peu on arrivait à se débrouiller.

FC : La MJC a accueilli deux volontaires en même temps, comment ça s’est passé avec Marilena, la collègue grecque ?
FG : Super ! On a eu de la chance, de travailler, de vivre, de partager toutes les expériences au quotidien. Ce n’est pourtant pas évident mais nous avons eu de la chance et aujourd’hui nous sommes très attachées l’une à l’autre. Elle a pleuré avant de partir… c’était incroyable.
Il me semble que c’est naturel que deux volontaires s’entendent bien car avant tout on partage de bonnes choses et de bonnes expériences.

FC : C’est quoi le pire que tu aies eu à vivre pendant toute cette période ? Le plus difficile ?
FG : Au début, le problème de la langue. Les deux premiers mois, je ne pouvais pas trop parler des choses qui m’intéressent. Mais c’est du pire que vient le mieux. Car découvrir la langue et la culture c’est aussi un processus de découverte personnelle. Parce que tu peux voir les efforts, les résultats lentement, régulièrement.

FC : Est-ce que tu as du affronter des coups de blues ?
FG : La chose la plus difficile, c’est quand tu ne peux ou que tu n’arrives pas à parler de tes sensations intérieures, des sentiments, comme tu pourrais le faire dans ta langue c’est un peu difficile.
Il y a eu des moments difficiles parfois, mais j’ai toujours eu conscience qu’une chose difficile en apportera toujours une autre positive.

FC : Comment as-tu vécu l’éloignement avec la famille, les amis ?
FG : C’est dur, ce sont des sacrifices qu’on fait ; mais les sacrifices sont le prix de la curiosité. Si tu es curieuse et tu veux satisfaire ta curiosité, il faut faire ces sacrifices. Je ne comprends pas les jeunes ou même mes amis de Sicile qui me disent « Ah tu as de la chance, tu voyages, tu connais les langues, tu connais des jeunes différents »… Oui, ce sont des aspects positifs, mais il y a des aspects négatifs, c’est pas toujours facile parce qu’on est toujours loin de la famille, quand on est triste, on peut pas toujours parler, mais bon … une telle expérience est vraiment unique !

FC : Qu’as-tu vécu de mieux durant cette expérience de vie ?
FG : Je crois que quand on vit à l’étranger, on a l’impression de vivre chaque moment, chaque événement, chaque souvenir de façon « poétique », comme si on était dans un film. Je pense que c’est ça qu’on a vécu ici, tout est plus fort, comme souligné, valorisé.

FC : Comment tu te sens à quelques jours de la fin de ta mission ?
FG : Je me sens plus forte, plus optimiste car j’ai vécu une telle expérience que je suis pleine d’optimisme aujourd’hui, par rapport à moi, par rapport aux jeunes, au monde du travail. J’ai plus confiance en moi d’un côté, mais je me sens aussi un peu bizarre car je ferme un chapitre de ma vie sans savoir ce qui va arriver maintenant.

FC : Est-ce que tu crois que tu vas revenir ici ? Est-ce qu’il  y a des amitiés que tu as nouées ici qui te feront revenir ?
FG : Oui j’ai pas mal d’amis, je suis contente. J’étais en vacances en Italie il y a quelques jours et quand je suis revenue, je me suis à nouveau sentie comme dans ma famille ici. Je crois que chacun peut avoir différentes familles en différents endroits.

FC : As-tu eu, avec Marilena d’autres activités, en dehors de votre mission ? des voyages par exemple ?
FG : Nous avons beaucoup voyagé, presque dans toute la France. Nous sommes allées souvent à Toulouse ou à Castres. Nous sommes allées en Normandie, Paris, Bayonne, Montpellier, Nice, Carcassonne, Barcelone ... A chaque fois pendant 2 ou 3 jours et en covoiturage essentiellement.

FC : Matériellement est ce que l’indemnité de volontaire était suffisante ?  
FG : Nous avons eu de la chance car le projet ici à la MJC est très bien structuré. La prise en charge du logement est totale et nous avions de l’argent de poche d’un montant de 488 euros incluant la nourriture, mais surtout aucune facture. Donc, oui, c’était suffisant, vivant à Graulhet, nous n’avions pas beaucoup de frais, donc cela nous a permis d’économiser.

FC : Tu dis que cette expérience t’a fait améliorer ton rapport avec toi même. Une des préoccupations des gens qui reviennent de SVE, c’est de trouver du travail, qu’est ce que tu vas utiliser de cette expérience sur le marché de l’emploi ?
FG : J’ai appris beaucoup de choses. Ce matin, j’ai envoyé un CV pour un emploi et j’ai écrit toutes les choses que je peux apporter au poste.
Par exemple, sur la mission qui m’a été confiée, ce que j’ai préféré c’est la formation dans les écoles (donner des infos aux jeunes ayant moins d’opportunité). Mais j’ai aussi appris des choses sur l’organisation des événements, la logistique, la gestion de différents publics : jeunes, adultes, ados, enfants … Je peux travailler sachant utiliser plusieurs langues vivantes, j’ai désormais des connaissances dans l’accueil, l’esprit d’équipe, les mécanismes du monde du travail.

FC : Dans quel domaine cherches–tu du travail ?
FG : Je suis très déterminée et je cherche du travail dans ce domaine là : communication, organisation d’évènements, mobilité européenne, mais pour commencer je suis prête à faire n’importe quoi, n’importe où !

FC : Tu as des pistes ?
FG : La situation est un peu bizarre. Pour faire le travail pour lequel j’ai étudié et pour lequel j’ai de l’expérience, c’est l’Italie qui est la plus adaptée, parce que je peux apporter des compétences, comme par exemple avoir vécu ici en France.
Pour que je puisse travailler en France il faudrait que j’ai un niveau de français un peu plus soutenu, notamment à l’écrit. Mais en Italie, ces boulots là sont mal payés… alors on verra bien….mais quoiqu’il en soit au moins avec le SVE, je suis très optimiste.

FC : Ce serait quoi le meilleur souvenir ?
FG : Je crois que c’est avec les jeunes que j’ai rencontrés ici, les malentendus avec la langue, on a tellement rigolé qu’on pourrait en faire une sitcom.

FC : Quel conseil donnerais-tu à un jeune qui veut faire un SVE ?
FG : De se renseigner beaucoup sur le contenu du projet, de ne pas arriver sur une structure et dire « mais c’est quoi ça ? ». Tout est écrit sur la base de données. Donc, se renseigner le plus possible. Et ne pas avoir peur !

FC : Que vas tu faire maintenant ?
FG : J’ai envie de travailler dans ce domaine là pour essayer de donner à mon tour toutes les choses que moi j’ai reçues. Je suis en train d’aider une amie pour la recherche d’un SVE, je remarque qu’elle se pose beaucoup de questions, j’ai été la même et c’est une grande joie pour moi de pouvoir transmettre et aider à mon tour. Après mes études, je me sentais en insécurité personnelle, je me demandais ce que je pouvais faire, je ne me sentais pas capable de faire quoique ce soit parce que l’université ne te donne pas les instruments pour te débrouiller dans la vie réelle. Mais après le SVE, ce sentiment là a disparu. Je l’ai remarqué parce que j’ai fait un entretien d’embauche en Italie, il y a quelques jours. C’était un entretien en 4 langues, où l’on m’a posé beaucoup de questions, et moi je me sentais très confiante, plus que je ne l’avais jamais été dans toute ma vie. J’ai été retenue pour le poste, c’était un peu le métier de mes rêves, les relations presse à l’international, mais ce n’était payé que 500 euros … alors je n’ai pas accepté le poste. Ce que j’ai aussi compris du SVE, c'est qu’il ne faut pas se contenter de tout, et accepter sans prétention. J’ai gagné en estime de moi !

Auteur : Françoise CALDERON  – Association Contrôle-Z

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