Mobilité Internationale et
Citoyenneté Européenne dans le Tarn

Myriam Laskawiec

Déléguée Départementale de Léo Lagrange, témoigne de son expérience en matière de projet européen dans le cadre du Programme Européen Jeunesse en Action.

Françoise Calderon : Comment est née l’envie, pour la Délégation Léo Lagrange Tarn de s’ouvrir à l’Europe ?
Myriam Laskawiec : Nous avons, dès 2009, eu l’envie de travailler et d’ouvrir le festival de courts métrages que nous organisons chaque année, « la Parole est à la Jeunesse » dans une perspective européenne.

FC : Comment êtes-vous passés de la découverte des programmes européens à la mise en œuvre d’actions concrètes ?
ML : Une première étape de recherche a été de se demander quels étaient les programmes existants ? Et quelles actions étaient possibles et quelles formations pour s'y préparer ? LE CRIJ de Montpellier et la DRJSCS avaient organisé une journée de formation – information sur le dispositif Jeunesse pour la Démocratie (une des actions de l’ancien Programme Européen Jeunesse en Action) et nous avons été confortés dans notre envie de travailler dans le cadre de ce programme.
Puis, nous nous sommes inscrites, avec l’une des administratrices de Léo Lagrange, à une formation européenne, en Norvège, intitulée « Jeunesse en Démocratie : Information » , et ce afin d'aller à la rencontre d’autres porteurs de projets et d'associations européennes, et avec la volonté d’approfondir le sujet. Malheureusement, nous étions un peu en décalage avec les structures européennes présentes qui avaient déjà un projet en cours de construction, contrairement à nous, à l’époque. Cependant, nous avons acquis, à l’occasion de cette formation, de très bons outils de connaissance du programme et de montage du projet, c’était une expérience très intéressante.

FC : De là, est né le premier projet européen porté par Léo Lagrange Tarn en 2011.
ML : Parmi les actions du Programme Européen Jeunesse en Action, nous avons choisi de monter une action « Initiative de Jeunes Nationale », dans la mesure ou le festival était porté essentiellement par les administrateurs et un comité de pilotage composé de jeunes de moins de 30 ans. Donc l’initiative de jeunes nationale a été montée ce qui a permis de voir comment on pouvait monter un dossier, comment on se l’appropriait…

FC : Qu’est ce que ça a changé pour le festival ? Avant et après cette Initiative de Jeunes ?
ML : Cela a permis de retravailler le projet au regard des objectifs posés par le programme et les valeurs de l’Europe. Cela a également été une manière de s’approprier le programme Jeunesse en Action. Nous sommes avant tout dans un mouvement d’éducation populaire : on a fait et on a appris en faisant.
Cela a également permis de donner une autre dynamique au festival, et une autre organisation. Comme le dossier oblige à détailler la présentation, la structuration, la formalisation, la démarche participative, nous avons repensé toutes les étapes et nous les avons formalisées, ce qui a été un plus.
Cette année là, le festival a très bien marché, plus d’une cinquantaine de participants. La dimension locale a été également particulièrement intéressante avec l’implication d’autres associations.

FC : Monter un premier projet européen, est ce que c’était insurmontable ?
ML : Insurmontable non, aucun souci là dessus. Mais à l’heure actuelle, encore, pour les projets européens, par rapport à un projet conduit sur le territoire local, je multiplie par trois le temps de travail qu’il faut passer dessus pour monter le projet.

FC : Que s’est-il passé suite à l’initiative de jeunes ?
ML : Je suis à nouveau allée me former à Paris sur le sujet de Jeunesse pour la Démocratie. Cette formation d’une très grande qualité, était organisée par l’Agence française, pour les professionnels français et espagnols. L’offre de formation était mise en ligne sur le site de l’Agence Française. C’est vraiment intéressant d’assister à ce type de formation : ça ne coûte rien, le remboursement est total, et ça permet de monter en compétence, de se former. Cette formation m’a permis de trouver des partenaires espagnols. Et avec eux, nous avons souhaité monter un séminaire pour trouver d’autres partenaires afin, à terme, de monter un projet Jeunesse pour la Démocratie. C'est là où ça s’est un peu compliqué…

FC : Comment s’est déroulée la conception de ce projet de séminaire ?
ML : Les partenaires espagnols étaient d’emblée partie prenante dans l’organisation du projet mais je pensais qu’il fallait pas rester avec un seul partenaire car il y a toujours un risque que je projet échoue. Je souhaitais donc au moins trouver un troisième partenaire et puis de fil en aiguille… On a mis une annonce de notre recherche de partenaire sur le site de salto-youth et on l’a ouvert à tout le monde : « qui veut vient », ce qui était une erreur.
Nous avons commis une autre erreur classique : vouloir mettre trop de choses dans le planning du séminaire. Au lieu de penser « pendant ce séminaire on va construire le projet Jeunesse pour la Démocratie », l’idée était : on se retrouve, on se rencontre, on pratique de l’audiovisuel et de la photo et on échange sur nos méthodes. La démarche « d’échange de pratique » n’a peut être pas été suffisamment réaffirmée.
A certain moments, il est difficile de manager les partenaires - intervenants et on n'a pas pris suffisamment de temps pour partager la  vision du projet en amont. C’est pourtant un point fondamental.

FC : Quels étaient les attendus de ce projet ?
ML : Il s’agissait d’un séminaire d’échange de pratiques qui avait pour objectif :
1) échanger sur la vision de l’Europe,
2) échanger sur les outils de communication : média / photo / vidéo.
Les participants étaient roumains, italiens, espagnols et grecs. Nous devions également avoir des partenaires turcs mais ils ne sont pas venus (nous avons eu du mal à nous entendre avec eux, notamment sur la contractualisation « financière » de la participation que nous devions leur verser a posteriori) ; cela nous a pris beaucoup de temps d’échanges et de négociations jusqu’à nous décidions de mettre un terme à cette collaboration.
Chaque participant, professionnel ou jeune devait venir avec des pratiques et des activités à partager, malheureusement, tous n’avaient pas forcément un profil ou des pratiques adaptées.
Ce qui était prévu c’est qu’à l’issue du séminaire, chacun fasse des films et que tout le monde se les envoie. Ça ne s’est pas fait. Les espagnols avaient un public trop jeune par rapport au nôtre, les roumains étaient étudiants … En fait ceux qui sont venus n’étaient pas le public cible …
Il aurait fallu un temps supplémentaire d’échange et de formation entre les partenaires avant le séminaire.

FC : A partir de l’analyse des résultats du projet, si c’était à refaire ?
ML : Je privilégierais certainement la participation d’un formateur européen spécialisé, pour réguler le groupe, les activités, trouver le bon rythme.. Je ferais un projet de séminaire moins centré sur l’outil audio et vidéo mais plus sur les outils d’échanges. Et je serais plus vigilante sur la sélection des partenaires. Peut être prendre moins de partenaires… et si possible les rencontrer avant. Mieux organiser la contractualisation avec plus de contacts et d’échanges.
Le planning des activités était beaucoup trop copieux, ne laissait pas suffisamment de place à l’échange, à la convivialité et les participants étaient fatigués.
Cependant, malgré tout ça, cela a été une expérience très positive, très enrichissante, vraiment formatrice.

FC : Quels sont les suites qui ont été données à ce projet ?  
ML : Les roumains ont monté un club UNESCO. Les Italiens ont continué à travailler sur le sujet, les grecs et les espagnols non, mais c’est plus dû à la situation dans leur pays respectif qu’à un manque d’envie.
Aujourd’hui je suis toujours en contact avec les roumains et avec un espagnol, les grecs et les italiens. Un autre projet a été déposé en partenariat avec l’association italienne, mais le projet n’a pas été validé par l’Agence Italienne. Ils nous ont proposé d’autres projets mais nous n’étions pas réellement concernés par les sujets qu’ils traitaient (illettrisme, accueil des personnes étrangères), ce n’était ni notre public cible, ni notre cœur de projet.
Suite au séminaire je suis toujours dans un processus de projets européens.
On se recentre sur le Festival de court métrages : comment on peut l’utiliser pour que ce soit un espace de parole et de prise de parole par les jeunes ?
Trois des films de notre festival sont partis à Charleroi en Belgique pour un festival de court métrages. Ce festival est organisé tous les deux ans. Donc le prochain festival aura lieu en 2015 ; voilà pourquoi on ne peut pas organiser d'échange de jeunes pour que les jeunes apportent leurs films à cette occasion. Ils ne sont pas encore dans cette dynamique, mais les contacts sont en cours.
Le nouveau programme Erasmus + nous repositionne aussi par rapport à ce qu’on fait. Entre temps, j’en profite pour continuer à me former : à l’anglais au niveau local pour le moment, mais pourquoi pas à échelle européenne, parce que les progrès faits en une semaine dans une formation Europe sont sans comparaison.
L’autre aspect des choses, c’est aussi de pouvoir se former « Europe » auprès de la DRJSCS. Des formations qui permettent par exemple de se centrer sur les compétences acquises au cours d’un projet.
A l’occasion d’une formation par exemple, j’ai découvert le site Proj’Aid que j’utilise au quotidien, avec les jeunes pour l’Europe mais aussi pour les projets locaux (accompagnement).
Et puis au niveau de Léo Lagrange, il y a une volonté nationale de créer des missions d’appui à l’International pour faire de l’accompagnement de projet partout sur le territoire : rassembler les compétences, les expériences, les contacts pour mieux en bénéficier les uns les autres.

FC : Parallèlement au montage de projet européen et à la formation, Léo Lagrange Tarn accompagne également des jeunes porteurs de projets, en quoi cela consiste t-il ?
ML : Oui, j’accompagne des jeunes tarnais dans le cadre de leurs projets à l’international. J’ai réalisé 6 accompagnements de projet dans le cadre des programmes européens dont 2 ont abouti : la réalisation d’un film, et une exposition photos. Par ailleurs, nous sommes relais d’information sur le SVE et nous organisons de nombreuses journées d’information et des évènements autour de la question de la mobilité dans tout le département.

Auteur : Françoise CALDERON  – Association Contrôle-Z

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